mercredi 8 octobre 2008

Grumons !

J'ai testé pour vous. Au diable le Bil bur bourru. Dans le cadre de mon intégration et de la découverte de traditions culturelles et populaires, le tout dans un souci, naturellement enclin, à ne pas froisser le gars de Bourgogne qui m'accueille aimablement, sans sourciller, sur ses terres, j'ai décidé de prendre une vraie leçon de dégustation de vin.
Saison des vendanges. Sur la route des grands crus... sur une Côte de plus en plus d’or, me voilà au gré de nos pérégrinations dominicales, installé dans une pièce où les cartons, les bouteilles et les verres masquent tout l’espace. Cave dépôt d'arômes à perdre tête et haleine. J’allais pouvoir goûter à une formation de terroir. Rencontrer l’homme pour qui le raisin n'a de secret. A deviser sur les années des grands crus. "Ah les millésimes des années 70"... A revivre le film météo des étés derniers. Pluie et beau temps à l'échelle du raisin. Oui, j’allais, passé cet intermède obligé, vivre en direct la fameuse scène où le crachat à table est élevé au rang d'acte de noblesse pure. Mais, pour celui qui reste encore classé au rang de néophyte comme moi, je dois dire qu’il s’agit bien d’un Art du crachat maîtrisé. Qu’il ne s’agit pas de se louper. Après tout, on crache in fine un breuvage qui vaut son pesant d’or. Un crachat en scène finale d’une boisson de luxe qui chemine et transite par le palais sans glisser dans le gosier. Pas vraiment la visite éclair, non plus. Réellement une opération délicate au cheminement complexe (cf ci dessous le mode d'emploi précis). Ce fut pour moi, une vraie nouveauté de boire un coup sans boire. Que j'vous dise, j'ai donc été initié à l'art de grumer. Initiation encore en cours puisque ma résistance à ne pas avaler ce qui m'enivrait, a été fortement contrariée à plusieurs reprises. Je l'avoue. Je ne suis pas franchement devenu un adepte. Et puis, soit j’avalais directement. Ma pomme d’Adam pouvait alors onduler tout son saoul au passage du nectar. Soit j’avalais de travers à force de jouer avec le vin dans mes bajoues. Soit je recrachais lamentablement le tout, tel le lama moyen, en manquant bien évidemment la cible du crachoir trônant sur la table. Le bonheur vrai, selon ces nouvelles règles, de déguster un vin divin m’échappe donc encore.. Mais au diable l'insuccès ! Après tout, nous sommes installés pour quelque temps dans ce coin de France et je suis encore perfectible. Oui, dans ce domaine aussi.
En lecture et en attendant les prochains travaux pratiques. Merci à Jean-François pour l’éclairage suivant bienvenu. Grumer: Étape terminale de la dégustation du vin. Absorber une petite quantité de vin en bouche et l'envoyer doucement (doucement, hein!) vers le fond de la gorge (pour ne pas s'étouffer). Avant que le liquide ne passe dans la gorge, penchez (rapidement, mais pas trop) la tête en avant pour obliger le vin à revenir vers l'avant de la bouche (suis-je bien clair?). À ce moment, il faut aspirer de l'air pour éviter que le vin ne sorte et pour le ventiler (ne pas s'inquiéter du "slurp" ainsi produit, tout à fait bienvenu au regard des traditions du grumage). Cela permet aux arômes de se diffuser vers l'arrière-bouche (juste avant les fosses nasales). Il est important de garder la respiration nasale "ouverte" pour tenir en éveil le sens olfactif. (On veillera toutefois à bien réguler l'ouverture de la respiration nasale afin de ne pas risquer de recracher le vin par le nez, ce qui serait du plus mauvais effet.)

7 commentaires:

Cat a dit…

Pour compléter cette leçon de grumage, un enregistrement vidéo aurait été bienvenu, d'un point de vue pédagogique bien entendu et non point pour la dimension comique de l'exercice, quoique...

Bil a dit…

Hum... je sens le sarcasme poindre. Tu sais grumer, toi ??

Estèbe a dit…

Drôle d'exercice en effet que le crachat de grand cru. On est jamais arrivé à faire ça proprement.
http://jeromeestebe.blog.tdg.ch/archive/2007/12/11/de-l-art-d%C3%A9licat-de-cracher-le-vin-sans-avoir-l-air-d-un-pou.html

Anonyme a dit…

Marrant... je m'exerce aussi depuis devant ma glace de salle de bain dentifrice en bouche à grumer lamentablement... sans succes.

auteur a dit…

"Les femmes et le bordeaux, je crois que ce sont les deux seules raisons de survivre."
(Pierre Desproges, in La seule certitude que j’ai c’est d’être dans le doute)

Ca vaut aussi pour le Bourgogne à mon avis...

Hips!

am a dit…

Il n'y a pas de hasard: je n'ai pas su grumer ce WE à Morgon: j'ai bu...voir déguster. Mon regard s'est enivrer de noms ensorcellés( Julienas, St Joseph, Fleurie, morgon, Côte de Py, Saint Amours) et surtout de couleurs (ocres, pourpre, vert de gris, taupe). Souvenirs du soir quand tu nous tiensz: demain c'est lundi...

Rose Chiffon a dit…

Amusant, je pensais trouver dans ce chapitre des recettes de cuisine. Votre description de cet art délicat (que je ne pratique pas) de la dégustation me retient surtout dans son introduction : ne pas froisser les susceptibilités locales... Elles sont parfois envahissantes et exclusives, non ? C'est une chose que j'ai appris tout de suite en arrivant à Dijon, en ouvrant une bouteille d'Alsace devant des gens. Depuis j'ai recommencé, souvent. (j'aime ça, le vin d'Alsace et la provocation gentillette.) Pourquoi je vous raconte ça ? Vous êtes sans doute déjà aguerri aux coutumes de cette belle région. Votre billet m'a amusé.